Regard sociologique sur « l'année sacerdotale » Céline BERAUD Etudes de Juin 2010

Date : Dimanche 06 juin 2010 @ 22:00:25 :: Sujet : À lire

 Un certain nombre de prêtres auxquels il faut ajouter des laïcs engagés ou non dans l'Église ne se sont pas retrouvés dans les manifestations organisées par les Diocèses,à l'occasion de "l'année sacerdotale" peut être d'ailleurs sont-ils plus nombreux que ceux ayant participé aux manifestations à dominante liturgique autour du Curé d'Ars, sans aborder les véritables problèmes que soulève l'état sacerdotal comme tente de le faire ici ce court article des Études avec Céline BERAUD. Merci pour cette publication. JONAS
 cure4.jpg « L 'année sacerdotale" rejoint un ensemble d'initiatives émanant de différents niveaux de l'autorité catholique qui s'attachent à contrecarrer la crise de la prêtrise. A cette occasion se trouve développée une conception bien particulière du prêtre dans l'Église et la société, ainsi que de son état de vie.
On peut tout d'abord y voir une opération de communication (les diocèses et les paroisses ont été appelés à en être les relais locaux).Il s'agit de dire au monde ce qu'est le prêtre.. Son rôle peut désormais apparaître superfétatoire dans des sociétés très largement sécularisées (c'est à elles que semble s'adresser tout particulièrement l'année sacerdotale), où la part des personnes se déclarant catholiques n'a cessé de décroître, où que les biens de salut que lui seul est habilité à délivrer ne sont plus demandés que par une petite minorité.
Par ailleurs son mode de vie atypique le situe en marge des principales instances de socialisation et d'intégration que sont le couple et le travail suscite l'incompréhension, parfois la curiosité. Bien davantage qu'à l'hostilité c'est à la méconnaissance, voire à l'indifférence, que les prêtres sont confrontés. Les entretiens que j'al menés auprès de membres du clergé français donnaient à entendre l'impression qu'ils font désormais partie des " derniers des mohicans" ( expression très fréquemment employée). non pas seulement  en raison de leur appartenance à un corps vieillissant et quantitativement déclinant,mais aussi du fait du processus d'"exculturation" du catholicisme (selon l'expression forgée par Danièle Hervieu-Léger), qui rend leur mode de vie "illisible" aux yeux de nombre de nos contemporains.
 Il s'agit aussi et surtout de dire la grandeur du prêtre et de sa mission, au moment même où plusieurs affaires de pédophilie, dans différents pays, mettent radicalement en cause son exemplarité (modalité sur laquelle repose d'autant plus son engagement que son charisme de fonction se trouve affaibli). L'effet médiatique est désastreux: on peut se demander si le grand public n'entend pas parler du clergé catholique qu'à propos d'affaires de mœurs dont les journalistes font leur miel. L'extrême singularité de la prêtrise ainsi que l'insistance sur la performance que constitue un tel mode de vie dans les sociétés modernes, nourrissent le soupçon. En clamant sans cesse sa spécificité irréductible à toute institution profane, l'Eglise catholique se prête tout particulièrement à la critique lorsque l'inconduite de ses clers (même si elle ne concerne qu'une toute petite minorité) est exposée au grand jour.
    Plus largement. l'année sacerdotale vise à rassurer les prêtres, réaffirmer leur centralité et leurs prérogatives sacramentelles. Jean-Marie Vianney devient le patron de tous les prêtres et non plus seulement de ceux qui sont curés. Se trouve ainsi développée une certaine conception de la prêtrise, très centrée sur l'autel (et le confessionnal), c'est-à-dire sur la paroisse et le culte dans laquelle tous les clercs ne se reconnaîtront pas. La proximité revendiquée entre l'engagement du prêtre séculier et celui du religieux qui fait vœu de pauvreté, chasteté et obéissance, peut également paraître problématique à certains. Les dimensions sacrificielles de la vocation sacerdotale se trouvent ici nettement réactivées. Une telle proximité, voire une telle confusion. témoigne de l'incapacité catholique à concevoir une spiritualité propre aux prêtres séculiers, que l'historienne Martine Sévegrand évoque à propos du malaise à l'origine des nombreux départs de prêtres au cours des années 1960-1970. L'attachement romain au modèle sacerdotal apparaît clairement. Ce modèle pourtant contingent, car fruit d'une longue construction historique et sociale, est présenté comme un idéal absolu ce que n'ont cessé de proclamer de nombreux documents émanant de la Congrégation pour le clergé parus depuis la fin des années 1990. Certains théologiens y ont vu une rupture par rapport à Vatican II.
Enfin, même si les prêtes se trouvent appelés à encourager et soutenir les laïcs (avec des références explicites à Vatican II), ce type de discours présente le risque de contribuer à effacer le rôle des laïcs (et celui des diacres permanents), non seulement dans le monde mais également aujourd'hui au cœur même du "travail religieux". Or. en l'absence de prêtre. ces permanents d'un genre nouveau occupent désormais, dans un pays comme la France une place discrète mais indispensable au fonctionnement de l'institution ecclésiale.




 








Cet article provient de Les groupes Jonas, nouveau site

L'URL pour cet article est : http://www.groupes-jonas.com/neojonas//article.php?sid=649