Posté le Mardi 04 mai 2010 @ 22:49:24 par redac-chef Contribution de : redac-chef
Tradis réintégrés "à l'essai" : quand la télé fait tomber les masques
On peut dire ce qu'on veut du concept de l'émission de France 2 "Les infiltrés", quel autre moyen aurait permis de porter aux yeux de tous le double jeu de l'extrême-droite catholique française, pieusement revêtue des dentelles de l'Institut du Bon Pasteur ? Seul un journaliste infiltré, caméra cachée, pouvait montrer un groupuscule, Dies Irae, se préparant à la guerre civile et des élèves élevés dans le racisme et le négationisme ; le tout en lien et connivences avec les prêtres de la Paroisse saint Eloi. D'ailleurs ceux-ci n'ont rien trouvé de mieux comme système de défense (l'affaire est entre les mains de l"Académie et de la Justice) que de dire qu'il ne connaissaient pas ce groupe et que les enfants avaient été manipulés aux fins de calomnier l'Institut. La bonne surprise, c'est l'initiative prise par les membres de la CCBF (Conférence Catholique des Baptisé-e-s de France) de Bordeaux : ils ont écrit ensemble au Cardinal Ricard en des termes qui ne peuvent, espérons-le que retenir son attention et celui du Conseil Presbytéral.
Thérèse Huvelin
L'abbé Laguérie, messe à Saint Eloi, Bordeaux. Photo : PIERRE ANDRIEU / AFP
Mardi 27 avril 2010, France 2, chaîne nationale publique de
télévision, divulguait une émission des « infiltrés », séquences
prises à caméra cachée dans les milieux de l’extrême droite catholique de
Bordeaux.
Filmer et enregistrer à l’insu des intéressés pose un problème
déontologique. Cependant les images rapportées ne peuvent être laissées sans
réaction au prétexte que le procédé d’obtention n’est pas loyal ! Le groupe
Dies Irae est très minoritaire, ses actions étaient déjà connues de
beaucoup ; l’école Saint-Projet ne concerne que quelques familles. Cependant
des enseignants de l’école publique, des jeunes chrétiens peu pratiquants,
scandalisés, font l’amalgame entre l’Eglise et ces groupes extrémistes. Un
simple communiqué de presse est insuffisant pour éteindre cet incendie !
Les jeunes de Dies Irae prônent violence et racisme. Leur camp
d’entraînement existe… Ils justifient leur choix par leur « combat pour
Dieu »... L’école Saint Projet, hors contrat, ne respecte pas la
conscience des enfants qui lui sont confiés. Les responsables de l’Eglise Saint
Eloi sont complices* de ces provocations haineuses, en mettant des locaux à
disposition des jeunes, en participant à leurs activités. Ils engagent l’Eglise
Catholique en assumant une responsabilité institutionnelle comme
administrateurs et aumôniers de l’école Saint Projet.
Malgré le communiqué de l’archevêché, publié le jeudi 29 avril dans le
quotidien Sud-Ouest, nous redoutons que l’Eglise dont vous êtes le pasteur, ne se
contente de cette déclaration publique. Ces actions répréhensibles tant pour la
loi que pour la Tradition de l’Eglise doivent être fermement et clairement sanctionnées
par l’Eglise locale,pour ne pas
faire de l’Eglise diocésaine, à son tour, la complice d’incitation à la haine.
Nous vous demandons de ne laisser planer aucun doute sur la position
de l’Eglise et son refus absolu de l’usage de la violence. Nous ne vous
demandons pas d’exclure de l’Eglise un groupe de catholiques, fussent-ils de
sensibilité intégriste et d’extrême droite, mais de condamner avec la plus
grande fermeté les positions qu’ils prennent contre les juifs, les noirs, les
musulmans et les femmes… Et d’en tirer les conséquences. Comme pasteur de
l’Eglise de Gironde, pouvez-vous confier une partie de votre troupeau à des
bergers racistes et incitant à la violence ?
Nous entendons parler d’un projet de procession du Saint-Sacrement
organisé le 6 juin dans les rues de Bordeaux par la fraternité Saint Pierre, les
prêtres des paroisses du Christ Rédempteur et Saint Eloi ; nous vous
demandons de ne pas vous laisser piéger par leur invitation : votre
participation, après cette émission, ne pourrait qu’être interprétée comme la
preuve de votre plein soutien à leurs choix politiques et liturgiques.
Depuis l’affaire Williamson en 2009, la commission Ecclesia Dei, à
l’origine de l’Institut du bon Pasteur, n’est plus présidée par le cardinal
Castrillon Hoyos. En Septembre 2011, les cinq années qu’il avait prévues avant d’évaluer
l’Institut, arriveront à leur terme. En 2012, la convention passée entre
l’Institut et le diocèse aura, elle aussi, cinq ans. Nous vous demandons
instamment de préparer d’ores et déjà ces évaluations. Vous aviez décidé de
créer une commission dans le diocèse, ses travaux sont-ils consultables par
les catholiques de Gironde ? Votre avis sera sollicité à Rome, quelle est la bonne
nouvelle annoncée par un Institut qui incite au racisme ?
Nous considérons que l’Eglise souffre suffisamment aujourd’hui des
silences qu’elle a gardés sur les affaires de pédophilie. Ces silences
reviennent sur le devant de la scène médiatique comme des boomerangs. Le
cardinal Castrillon Hoyos, aujourd’hui encore, malgré les déclarations du Pape,
préfère la dissimulation pour régler ces situations. Pas plus que pour les cas
de pédophilie, nous n’acceptons le choix du silence pour les appels au racisme
et à l’antisémitisme. Nous voulons éviter que, dans un avenir proche ou plus
éloigné, nous, catholiques de Gironde et vous, successeurs des apôtres, nous
regrettions un manque de cohérence entre nos discours et nos actes. Nous
refusons que les générations qui nous suivent, nous reprochent, un jour, un silence
coupable.
En espérant que notre demande trouvera un écho auprès du conseil
presbytéral que vous réunissez ce mardi 4 mai, nous vous assurons de notre
respect et de notre attachement à l’Eglise.
Liste des 72 signataires... Oui, ils étaient 72 (ça ne s'invente pas !) au moment de l'envoi de la Lettre de sorte qu'elle arrive avant le Conseil Presbytéral ; depuis d'autres signatures arrivent.
* NB :
lire « paraissent complices » tels que l’émission les montre, au lieu
de « sont complices » qui relève de la justice.