
Le drame de Recife transmis par Robert DUMONT
Date : Mercredi 18 mars 2009 @ 06:01:47 :: Sujet : Actualités vue par Jonas
Robert est Prêtre ouvrier en Retraite. Il a écrit un certain nombre d'ouvrages sur les prêtres ouvriers édités aux éditions KARTHALA Il vient de faire parvenir un ensemble de documents au sujet de l'affaire de RÉCIF.
Chers Amis, Nous n'en finissons pas de nous battre contre l'inhumanité dans notre Église. Fallait-il prendre du temps pour collationner cette série de prises de positions ? Fallait-il prendre du vôtre en vous les communiquant ? Reste que ces événements et les réactions qu'ils provoquent font réfléchir et peut-être mûrir notre conscience morale et civique. À chacun d'en juger et d'en faire ce qu'il pense devoir en faire. Bien fidèlement. Robert.
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1er documentMessage transféré : archevêque de Recife. .emlLes médecins qui ont mis fin à sa grossesse ont été excommuniés par l'archevêque de Recife.Mardi 10 Mars 2009 10h39mn 54sÀ: "Carm SOBRINHO" , "ArchevéchéRécife" , "B16Vatican" Voici le message que nous avons tenu à envoyer l'archevêque de Récife, au nom de tous nos amis écoeurés par l'accumulation des déclarations scandaleuses des pharisiens d'aujourd'hui, coupés des difficultés de la vie et des violences du monde : "J'ai honte pour toi, pauvre successeur de notre cher Helder Camara. Où as-tu donc appris à être un homme Qu'est-ce qui te permet de préférer le violeur à sa victime ? Comment te permets-tu de faire porter aux autres des fardeaux que tu ne touches même pas du bout du doigt ! Ta place dans la hiérarchie te dispense-t-elle de pratiquer l'Évangile de Jésus ?? Continue comme cela et l'Église hiérarchique ne tardera pas à être définitivement discréditée par tous nos contemporains. Cf. Mt 23, 27-28 ! »"En date de : Mardi 10.3.09, Francois Barre a écrit :Objet: Homélie du mardi de la 2° semaine de Carême.À: Undisclosed-Recipient:;@orange.fr
J'avais besoin, par fidélité à mon Église, de pousser ce coup de gueule 2e documentJ'ai envoyé cette missive au Mgr de Récife :Monseigneur,Permettez de dire mon désarroi, ma douleur, mon cri face à l'excommunication de la maman et des médecins qui ont pratiqués l'avortement sur cette enfant de 9 ans abusé par son beau père. Certes les 2 jumeaux que cette enfant portait n'étaient pour rien dans cette affaire, ils étaient innocents mais croyez qu'ils sont maintenant selon toute vraisemblance à la droite du père avec les saints innocents, ceux qui ont été tués par Hérode parce que Jésus était né. L'Église a canonisé ces enfants, bébés innocents. Certes l'Église doit défendre la vie, mais je ne sais pas si Jésus a défendu la vie, je pense que « Il est la Vie ». Jésus s'est servi des pêcheurs pour dire aux hommes sa nouvelle, son Évangile. La Samaritaine, cette femme qui aujourd'hui dans notre Église n'aurait pas droit aux sacrements, qui serait de facto excommunié, n'est-elle pas dans l'Évangile de Jean la première évangélisatrice, la première qui a dit venez et voyez aux habitant de Sykar, au puits de Jacob.Monseigneur, je ne peux en vouloir aux docteurs qui ont choisi la vie de la fillette plutôt que la vie qu'elle portait même si un décompte macabre établit une « inégalité ». J'ai beaucoup de mal à comprendre l'Église à laquelle malgré tout j'adhère. Monseigneur, la loi de Dieu est pour les hommes, notre Seigneur a trop aimé, je dois dire aime trop les hommes pour leur mettre sur les épaules des poids insupportables. Il y avait à l'époque de Jésus « les pharisiens de l'épaule » il y a aujourd'hui « les chrétiens de l'épaule » Et puis, je terminerai la dessus, car mon coeur saigne et je dois m'arrêter : le Christ aurait dit : « Venez à moi, les blessés de la vie… »Bien à vous. Marcel Poucheletmarcel.pouchelet@orange.fr3e document arrivant du BrésilAprès « l’excommunicationpour avortement d’une fillette de 9 ans violée par son beau père »Comme je mets copie de ma réponse à diverses personnes, je présente Véronique en espérant ne pas trop me tromper. Elle a été responsable dans le MRJC (Mouvement Rural de la Jeunesse Chrétienne), responsable de « Carrefour en Monde Rural ». Elle a fait un « tour du monde » pour découvrir ce qui se cherchait dans le monde agricole dans le monde entier. Elle a ainsi passer un séjour au Brésil, apprenant la langue en « quelques jours », au point d’être capable de faire des interviews sans traducteur. J’ai eu la joie de la cueillir à Belo Horizonte, où elle était accueillie par un prêtre ouvrier français, puis de l’accueillir quelques jours à Guaçui.Chère Véronique,En fin d’homélies, dimanche, j’ai dit : Je vais parler d’un autre sujet (que la Transfiguration) avec beaucoup de tristesse. J’ai été questionné sur ce que je pensais de la situation de cette mère et des soignants qui avaient décidé de provoquer l’avortement de cette fillette de 9 ans.Je vais vous poser une question : Vous imaginez, Jésus, devant cette mère et cette fillette détruite par un beau-père cassé, la condamner publiquement ?Comment aurait-il réagi ?Il se serait approché d’elles et aurait pleuré. Il les aurait écoutées. Il se serait tu, parce qu’il n’y a aucun mot devant tant de souffrance. Il n’aurait pas rajouté de la douleur à sa douleur.Qu’a-t-il fait, dans une situation bien différente, avec la femme adultère que les pharisiens, les religieux de l’époque, le pressaient de condamner ? Il s’est abaissé, il ne l’a pas regardé de haut, il s’est tu. Il a provoqué les religieux de l’époque à accueillir la Parole pour regarder leur propre vie et non pour condamner d’autres. Il l’a aimée, il lui a redonné vie.Vous le voyez excommuniant ceux qui sont sur la croix avec lui ? Il se tait, il donne sa vie.Et cette mère et ces soignants ne sont en plus pas dans la position de cette femme adultère ou de ces bandits. Ils sont dans la position de personnes qui, dans une situation extrêmement difficile ont du prendre une décision douloureuse.Même pour les principes les plus absolus, il peut arriver que suivre le Christ, vivre de l’Evangile puisse nous amener, dans une situation très complexe, à les transgresser.J’ai expliqué comment, tout en ayant travaillé à fond contre l’euthanasie, il m’était arrivé de mettre dans la pharmacie du service, les produits pour pratiquer une euthanasie au cas où la personne que je soignais venait à étouffer sans que je ne sois capable d’apaiser ses souffrances par un autre moyen. J’ai expliqué comment j’avais été jusqu’à prendre 4 jours de garde consécutifs pour suivre cette malade et que, finalement, j’avais pu l’accompagner jusqu’au bout, sans pratiquer l’euthanasie et en mettant au point un protocole de traitement des personnes en situation d’étouffement qui sert largement aujourd’hui.Mais il n’aurait pas été moral de laisser cette personne étouffer « au nom de la défense de valeurs », même les meilleures.J’ai continué en disant que je priais en premier lieu pour cette fillette et sa sœur handicapée et également abusée depuis des années, si détruites par leur beau-père ; en deuxième lieu pour sa maman, pour les soignants qui avaient dû prendre une décision pas facile et qui se justifie. Cette fillette encore non formée était effectivement en danger pour sa propre vie pour accoucher de 2 jumeaux, sans parler de toutes les autres difficultés autres que vitales. J’ai dit que je priais ensuite pour cet homme si défiguré en disant que, probablement, lui-même avait du être victime de quelque chose avant. Beaucoup de pédophiles ont eux-mêmes été violés dans leur enfance. S’il devait être emprisonné, il restait notre frère, un fils de Dieu pour lequel Christ a donné sa vie. J’ai dit que je priais ensuite pour cet évêque, pour l’Église, qu’elle se laisse toucher par l’Esprit Saint et ne trahisse pas le Christ.As-tu lu l’éditorial de La Croix de ce lundi ?C’est une des premières fois (je peux me tromper) que La Croix est si explicitement et frontalement critique contre Rome (sans oublier tout ce qu’elle a écrit sur la levée de l’excommunication des évêques intégristes).Tu te demandes jusqu’où Rome ira ?Je crains malheureusement que le problème ne soit pas seulement à Rome.Nous sommes dans un moment de montée de l’intégrisme dans toutes les religions et ce n’est pas que le Pape. Combien de jeunes prêtres, de laïcs, sont encore plus durs ? Ici, c’est contre les laïcs que je dois me battre pour lever tous les interdits, tous les « non pode » (pas possible) élevés face aux demandes de baptêmes.Faut-il quitter l’Église ?C’est au contraire le moment de s’y accrocher, mais de parler sans langue de bois, et surtout, de lire l’Évangile chaque jour, de le vivre. C’est ce qu’a fait Saint François d’Assise dans un moment encore pire de l’histoire de l’Eglise.Dom Luiz Flávio Cappio, évêque extraordinaire et pétri d’Évangile et d’amour des plus petits vient de nous prêcher notre retraite diocésaine. A la fin, il a dressé le portrait du prêtre dont le monde avait besoin. Dans ce portraite remarquable, il a dit qu’il fallait qu’il ait un « équilibre affectif solide », mais, immédiatement après, il a eu plusieurs réflexions où il semblait minimiser très fortement le problème qui, malheureusement, touche de nombreux prêtres ici au Brésil et les réponses totalement inadaptées des responsables. Après avoir parlé avec lui, il m’a demandé de lui mettre par écrit mes réflexions. Parlant de ce que je peux voir, j’ai forcément été amené à évoquer des situations du diocèse où je suis, et les décisions inadaptées de notre évêque, pourtant vraiment bon et homme d’Evangile. Je viens de lui adresser cette lettre avec copie à deux évêques que je connais ici, et à mon évêque de Cachoeiro. Dans le même temps, j’essaye de provoquer d’autres prêtres à se passionner pour la lecture simple de l’Évangile au milieu des plus pauvres. Nous étions 2 en équipe Prado il y a un an ; nous sommes 11 et sans doute douze, sur environs 25 prêtres dans le diocèse.3 autres prêtres ont démarré ce travail de lecture des Actes (ou d’un Évangile) dans chaque communauté après la messe. J’espère qu’ils sortiront transformés de cette manière de s’approcher des gens et de la Parole.Je viens de prêcher la retraite des séminaristes du diocèse. J’ai d’abord été étonné (et touché) que l’on me fasse cette demande, alors que je parle mal, que je questionne très directement et que je pensais que cela incommodait. J’y ai parlé sans détour y compris de profils de prêtres où ils n’ont pas pu ne pas reconnaître des gens précis, dont leur recteur de propédeutique, pour les appeler à choisir le type de prêtre qu’ils souhaitaient être.Le Recteur du Séminaire de Propédeutique passe tout son temps à donner des consultations de psychologie qu’il fait payer R$ 100,00 (1/4 de salaire minimum). Il a une entreprise de camions. Même quand un laïc vient lui demander un conseil, il lui est demandé de payer. Il est devenu psychologue, formé dans une école « ésotérique » où il avait été traiter sa propre dépression. Je crois à ce double mouvement :- Lire et vivre à fond l’Évangile, en témoigner, essayer de permettre à d’autres de bouger.- Ne pas avoir peur de dénoncer, en essayant de le faire dans des termes qui puissent être reçus.Il n’est pas possible de « suivre vraiment le Christ » en se coupant du Corps qu’il a fondé.Quand je vois ce que produit le mouvement qui a consisté à se couper de l’Église et à fonder d’autres Églises pour « réformer », cela me garde de la tentation quand elle se fait forte. Je suis chaque jour plus effaré de ce qui se passe dans les Églises « Évangéliques » et, lisant les Actes tous les soirs dans des communautés, je ne vois pas comment nous pourrons vivre du Christ, le signifier, en se coupant de son corps.Mais, oui, chaque jour j’ai un peu plus mal et ce que je vois ici m’inquiète profondément : intégrisme, pentecôtisme et toute la manipulation et la destruction des personnes que véhicule ce courant, scandales nombreux dans le clergé au Brésil que je me suis contenté, jusque là, d’évoquer discrètement dans mes courriers. Je n’avais pas la même perception du clergé en France. J’ai la conviction que nous ne sommes qu’au début d’une grande crise dans l’Église. Je le dis depuis des années. Chaque année me prouve cependant que je me suis trompé… c’est pire que ce que j’imaginais.Ce peut être l’occasion de claquer la porte, ou de s’attacher au Christ vraiment, de méditer sur son choix fou de s’en remettre à des hommes limités, qui n’ont pas arrêté de le trahir, le renier, lutter pour savoir qui serait le plus grand alors qu’il annonçait la Croix, de vouloir éloigner ceux qui dérangeaient…Cela veut aussi dire qu’il te choisit, qu’il me choisit avec nos propres limites.Par ailleurs, il n’y a pas que ces signes que j’évoque. Combien de personnes, de communautés, vivent l’Évangile de manière extraordinaire autour de nous, même si cela les amène à souffrir d’autant plus de tout ce que j’évoque ci-dessus.Ce qui m’aide à tenir, ce sont toutes ces personnes rencontrées dont je parle dans mes courriers collectifs, parfois totalement inattendues, comme « Baba », ce patron de scierie qui employait 60 personnes sans les déclarer et en les faisant travailler 7 jours sur 7. Mercredi, nous aurons notre deuxième rencontre. La situation de sa scierie a vraiment changé et cet homme a été bouleversé intérieurement.Mais, comme toi, j’ai mal, profondément mal.J’attends avec inquiétude l’article qui sortira vraisemblablement dans le journal diocésain. Le mois précédent, un article justifiait tous les retours en arrière de Benoît XVI sur la liturgie et son choix de réintégrer les évêques traditionalistes au nom de l’ouverture et de « l’œcuménisme ». Il y a deux ans, le vicaire général signait un article pour appuyer le Pape qui avait refusé de recevoir une artiste catholique très connue au Brésil parce qu’elle avait participé à un appel à prévenir le SIDA en utilisant le préservatif. Le vicaire général parlait d’elle avec mépris et, s’appuyant sur un « scientifique » loufoque, affirmait que, en plus, le préservatif ne préservait pas du SIDA et que le virus passait à travers les pores du latex.Je ne sais pas si vous avez eu cette information en France, mais l’Archevêque de Récife aurait eu ces extraordinaires réflexions complémentaires :- Le beau-père (qui violait les filles) n’a pas été excommunié parce qu’il n’a pas été pour l’avortement et qu’il n’y a pas de commune mesure entre le faite de tuer (avorter) et son propre comportement.- Quelques jours plus tard : si la mère et les soignants reconnaissent leur faute, ils pourront être « pardonnés » et communier de nouveau. Je n’ai pas entendu dire que l’on ait attendu que les évêques intégristes reconnaissent leur faute pour lever l’excommunication… Il semble même qu’ils attendent que le Pape reconnaisse sa faute et la faut de toute l’Église catholique…C’est du moins ce que rapporte la presse.Quand aux réactions des communautés… Les gens n’ont pas appris à être critiques au bon sens du terme. Ils semblent gober tout, à commencer par tous les excès du Pentecôtisme.Ceci-dit, tout à l’heure, un journaliste très « populaire » et « populiste », qui passe son temps à utiliser tous les crimes dans des discours type « Le Pen » et à faire la morale à tous, disait : « Benoît XVI, je suis catholique, je suis dévot de Na Sra Aparecida, mais si tu continues, je vais quitter l’Église. Arrête ces « bobagens » (paroles absurdes). C’est un signe que « l’opinion » est troublée, car il parle dans le sens de l’opinion. Je vois des responsables de la paroisse ici profondément en question alors que, jusque là, ils ne remettaient jamais rien en question et « croyais en tout », « obéissait en tout », même aux énormités. C’est peut être un aspect positif de cette crise : des personnes, des évêques, osent questionner et dire un désaccord, comme sur les décisions de Rome par rapport aux intégristes.Je ne sais pas si cet évêque, qui est un évêque « malade » (psychiatriquement déséquilibré) nommé par Rome pour remplacer Dom Helder et qui a systématiquement tout détruit ce qu’avait fait Dom Helder, a servi la cause en défendant « la morale ». Je crois qu’il a profondément contredit l’Évangile et la manière du Christ de venir révéler l’amour du Père à tous, et d’abord aux plus détruits. Ils croient défendre le « non à l’avortement », ils n’ont fait que convaincre une multitude de promouvoir le « droit à l’avortement ».Tiens bon, et accroche-toi au Christ à l’Évangile, à l’Église aussi. Chevrier, fondateur du Prado, qui vivait dans une époque difficile et qui n’a pas eu peur d’avoir une attitude et des paroles en contrepoint de ce qu’était « l’Église » a écrit ceci dans son livre le "Véritable Disciple" (p. 511) : Aimer Jésus Christ."Si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole et mon Père l'aimera et nous viendrons en lui et nous ferons en lui notre demeure. Celui qui ne m'aime point". (Jn 14,23) "C'est la gloire de mon Père que vous deveniez mes disciples et que vous portiez beaucoup de fruits". (Jn 15,8) Le disciple de Jésus Christ est un homme qui est rempli de l'esprit de son Maître, qui pense comme son Maître, qui agit comme son Maître, qui le suit en tout et partout. Mais cet esprit de Dieu, peu le reçoivent, peu le comprennent, peu l'admettent dans la pratique. Ceux-là seulement qui sont de Dieu, qui écoutent sa parole et à qui il est donné de la recevoir. Personne ne va au Fils que par le Père.C'est donc une grande grâce que de recevoir cet esprit que le monde ne peut recevoir. Si nous sommes du monde, si nous pensons comme le monde - idées du monde - nous ne pouvons le recevoir, il faut se dépouiller de soi-même pour le recevoir et le comprendre. Cet esprit est répandu dans le Saint Évangile. C'est là qu'il est semé comme des fleurs qu'il faut cueillir une à une pour en prendre la plus grande quantité possible.Notre Seigneur l'avait tout entier, cet esprit ; nous, nous ne pouvons l'avoir qu'en partie; mais au moins tâchons d'en prendre le plus possible, pour en être le plus possible animés et glorifier Jésus Christ et son Père.Cet Esprit est peu connu, peu goûté, peu compris, même parmi ceux qui devraient le posséder et le comprendre : les habitudes, les usages, les idées qu'on se fait, les raisonnements qu'on fait, les exemples extérieurs, entraînent le monde et les prêtres même à vivre selon l'esprit du monde et non selon l'esprit de Dieu.De sorte que, si nous voulons agir selon l'esprit de Dieu, il faut lutter beaucoup contre les idées, les usages, les manières des autres, et c'est aussi pour cela que les saints, qui avaient l'esprit de Dieu, ont eu tant à souffrir de la part même de leurs frères.Mais il ne faut pas s'arrêter à cela, il faut s'appuyer sur Jésus Christ et sa parole ; c'est là le fondement inébranlable et solide sur lequel on peut s'asseoir tranquille : Jésus Christ et l’Église.Appuyé sur ces deux bases, on ne peut que marcher en sûreté, malgré les contrariétés, les combats, les luttes et les persécutions.Prie pour l’Église, donne lui visage d’Evangile. Très fraternellement.Bruno Cadart, prêtre au Brésil, Médecin de formation, auteur de deux livres dans lesquels je défends le refus de l’euthanasie (En fin de vie, et Réflexions sur Mourir dans la dignité, le lundi 10 mars 20094e documentCommuniqué de la Mission de FranceMars 2009Non, l'Église ne peut en rajouter à la souffrance !L’évêque de la Mission de France et son Conseil s’associent à la protestation de nombreux catholiques contre la décision de l’archevêque de Recife, au Brésil, d’excommunier une mère et des médecins ayant décidé un avortement pour une fillette de 9 ans violée par son beau-père.Bien sûr l’avortement est un acte de mort ;?il inscrit dans la chair de celles qui l’ont vécu des blessures qui ne se fermeront peut-être jamais. Mais comment se peut-il que devant un tel drame, l’Église se soit manifestée pour juger et condamner plutôt que pour entrer en compassion et reconduire vers la vie ? Comment faire fi de la pratique pastorale traditionnelle de l’Église catholique qui est d’écouter les personnes en difficulté, de les accompagner et, en matière morale, de tenir compte du « moindre mal », en particulier dans les situations dramatiques et les cas extrêmes.Quand on invoque la « loi de Dieu », comment oublier la tendresse de Jésus : « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux » ? Cette décision abrupte d’excommunier est inacceptable. Elle ne tient compte ni du drame vécu, ni du danger physique et moral encouru par cette enfant.Nous le disons de toutes nos forces, en ce monde blessé, il nous faut faire surgir des attitudes d’espérance plutôt que d’enfermer dans des condamnations qui trahissent les chemins compatissants de l’amour miséricordieux.Nous le disons fermement à tous ceux qui sont troublés, nous ne nous reconnaissons pas dans cette mesure et nous demandons qu’elle soit levée le plus vite possible.Mgr Yves Patenôtre, évêque de la Mission de France et son Conseil« Pourquoi ajouter de la sévérité à tant de souffrance ? », s'interroge aussi l'évêque de Cahors, Norbert Turini.5e document« Il y avait autre chose à dire »J'ai appris comme tout le monde que la mère d'une fille de neuf ans, enceinte de son beau-père, avait été excommuniée par son évêque au Brésil, avec l'équipe médicale qui avait procédé à l'avortement de sa fille. Comme évêque, je suis solidaire de tous les évêques du monde. La solidarité impose de dire ses désaccords, sinon elle ne serait que complicité. Je dois dire à mon frère l'évêque de Recife - et au cardinal qui l'a soutenu - que je ne comprends pas leur intervention. Devant un tel drame, devant la blessure d'une enfant violée et incapable, même physiquement, de mener à terme une grossesse, il y avait autre chose à dire, et surtout des questions à se poser : comment accompagner, encourager, permettre de sortir de l'horreur, de retrouver sens et goût à la vie ? Comment aider la fille et la mère à se reconstruire ? Nous balbutions, surtout nous les hommes, et devons compter sur les femmes pour être là avec plus de présence que de paroles. Mais des paroles de condamnation, un rappel de la loi, aussi juste soit-elle : c'est ce qu'il ne faut pas faire. Jésus aurait dit que la morale est faite pour l'homme et non l'homme pour la morale. Il a dénoncé l'hypocrisie de ceux qui lient de pesants fardeaux sur les épaules des autres.Je confesse que j'ai accompagné des femmes avant et après une IVG. Je crois que l'Église catholique assume sa responsabilité sociale en insistant, à temps et à contre-temps, sur le respect de la vie humaine « depuis la conception jusqu'à la mort naturelle ». Nous manquerions à notre responsabilité en taisant cet appel, qui relève de la défense des plus petits et des plus faibles. Après, il s'agit d'accompagner chaque personne, dans des situations où je ne voudrais pas être, et où chacun essaie de faire au mieux de ce qu'il ou elle peut. Dieu nous appelle à des décisions qui peuvent être exigeantes, mais d'abord il nous enveloppe de sa tendresse, et il nous accueille dans les obscurités et les drames de la vie. J'attends des hommes d'Église, mes frères, qu'ils n'utilisent pas son nom pour condamner des personnes ou les enfermer dans la culpabilité.Francis Deniau, évêque pour la Nièvre12 mars 20096e documentLettre ouverte de Mgr Daucourt, évêque Nanterreà Monseigneur José Cardoso Sobrinho,Archevêque de Olinda et RecifeMonseigneur,Vous avez récemment tenu à déclarer publiquement l'excommunication d'une mère de famille qui avait fait avorter sa fillette de neuf ans, enceinte de quatre mois, après avoir été violée depuis l'âge de six ans par son beau-père. Vous avez décidé aussi publiquement l'excommunication des médecins qui ont pratiqué cet avortement. Je réagis donc publiquement à votre intervention par cette lettre ouverte.Je vous rassure tout de suite : pour moi, l'avortement est la suppression d'une vie. J'y suis donc fermement opposé. La mère de cette fillette a peut-être pensé qu'il valait mieux sauver une vie que de risquer d'en perdre trois… Peut-être les médecins lui avaient-ils dit qu'un petit utérus de neuf ans ne se dilate pas indéfiniment… Je ne sais pas. Ce que je sais, c'est que dans cette tragédie, vous avez ajouté de la douleur à la douleur et vous avez provoqué de la souffrance et du scandale chez beaucoup de personnes à travers le monde. Dans une situation si dramatique, je crois fermement que nous, évêques, pasteurs dans l'Église, nous avons d'abord à manifester la bonté du Christ Jésus, le seul vrai Bon Pasteur. Je suis sûr qu'Il aime cette mère et qu'Il cherche des hommes et des femmes pour l'aider à continuer la route en étant soutenue amicalement, spirituellement et, si nécessaire, matériellement. Je suis sûr qu'Il demande d'apporter de l'amour à cette fillette marquée à vie et à sa sœur aînée handicapée, elle aussi violée. Je suis sûr qu'Il demande à l'aumônerie de la prison de s'approcher du beau-père violeur pour qu'il se repente, se convertisse et redevienne un jour un homme véritable. Je suis sûr que le Christ estime aussi que, si vous le pouvez, vous parliez avec les médecins qui ont pratiqué cet avortement parce que, comme les quarante gynécologues et obstétriciens que j'ai rencontrés il y a quelques mois et dont je n'ai pas partagé nécessairement toutes les positions, la plupart d'entre eux apprécient d'être écoutés et d'entendre divers points de vue alors qu'ils vivent souvent des drames de conscience.Monseigneur, aidons-nous les uns les autres pour être avant tout des hommes d'espérance en Dieu et en tout être humain !Je suis en relation d'amitié et de collaboration avec beaucoup d'évangéliques qui sont tout aussi opposés que vous et moi à l'avortement. Ils ne proclament pas cependant de condamnation publique. Peut-être est-ce une des raisons pour lesquelles les communautés évangéliques attirent tant de catholiques aujourd'hui, en particulier au Brésil. Je constate que l'opinion publique ne comprend rien à l'excommunication. Elle la perçoit comme une condamnation des personnes et non une proposition de guérison et de conversion. J'estime donc que nous devons trouver d'autres moyens pour dire à nos communautés que le comportement ou les paroles de tel catholique ne sont pas en accord avec ce que l'Église comprend et croit de la volonté de Dieu.Je ne vous cache pas non plus que je me demande aussi comment on peut dire que le viol est moins grave que l'avortement qui supprime la vie dans le sein d'une mère. Des femmes violées se sont confiées à moi. Certaines ont pu se redresser et avancer dans la vie avec le souvenir de leurs blessures qui ne disparaît jamais complètement. Mais d'autres, tout en étant physiquement vivantes, ont été tuées au plus profond de leur être et n'arrivent pas à revivre. La vie n'est pas que physique, vous le savez bien.Je n'ai pas pu obtenir le texte complet de ce qu'a dit le Cardinal Re, mais le soutien que - selon les médias - il vous a apporté ne change rien à ma réaction pastorale. Pour la clarté des relations entre évêques, j'envoie un double de cette lettre à Monsieur le Cardinal Re.Je vous prie de croire, Monseigneur, à mes sentiments attristés, mais aussi respectueusement fraternels, ainsi qu'à l'assurance de ma prière pour vous-même et ceux et celles qui, de loin ou de près, sont concernés par le drame de cette fillette.+ Gérard DaucourtÉvêque de NanterreLe 12 mars 20097e document09.03.09 – BRÉSILLe schisme de la hiérarchie catholiquepar Ivone Gebara, théologienne brésilienneAdital - Les derniers évènements concernant l’interruption de grossesse d’une fillette de neuf ans au Pernambuco (Nord-Est du Brésil) a mis en évidence un fait qui était déjà présent depuis longtemps dans l’Église catholique romaine. Les évêques ont perdu le sens du gouvernement par rapport aux défis de l’histoire et de la foi de la communauté et ils s’estiment plus fidèles à l’Évangile de Jésus que la communauté elle-même. Pour maintenir une compréhension centralisatrice et anachronique de leur fonction et de la théologie correspondante, ils se sont éloignés de nombreuses souffrances et douleurs concrètes des personnes surtout des femmes. Ils ont fini par être les défenseurs de principes abstraits, d’incertaines hypothèses et ont même prétendu être les défenseurs de Dieu. Cet évènement de distanciation est ce que j’appelle schisme. Les évêques, autant au niveau national qu’international (et ici j’inclus aussi le pape, comme évêque de Rome) sont devenus schismatiques par rapport aux communautés chrétiennes catholiques, c’est-à-dire qu’ils ont rompu avec une grande partie de celles-ci en diverses occasions. L’incident relatif à la prohibition de l’interruption de grossesse de la fillette dont Mgr José Cardoso Sobrinho, archevêque d’Olinda et Recife s’est fait un protagoniste en est un exemple irréfutable. Sans doute y a-t-il de nombreuses personnes et groupes qui pensent comme lui et renforcent son schisme. Cela fait partie du pluralisme dans lequel nous vivons toujours. La hiérarchie de l’Église, servante de la communauté des fidèles, ne peut sur certaines questions s’éloigner du sens commun et pluriel de la vie de foi. Elle ne peut également dans des affaires de for intérieur et même de groupe se substituer à la conscience, aux décisions et au devoir des personnes. Elle peut émettre une opinion, mais non pas l’imposer comme une vérité de foi. Elle peut s’exprimer, mais non pas forcer les personnes à assumer ses positions. En ce sens, elle ne peut instaurer une guerre sainte au nom de Dieu pour sauvegarder des choses qu’elle juge être volonté et prérogative divine. La tradition théologique dans la ligne prophétique et sapientielle n’a jamais permis qu’un fidèle, même évêque, ne parle au nom de Dieu. Et cela parce que le dieu dont nous parlons en notre nom est à notre image et ressemblance. Le Mystère Sacré qui traverse tout ce qui existe est inaccessible à nos jugements et à nos interprétations. Le Mystère qui habite en tout n’a justement pas besoin de représentants dogmatiques pour défendre ses droits. Notre parole n’est rien de plus qu’un balbutiement d’approximations et d’idées changeantes et fragiles, même concernant l’ineffable Mystère. C’est dans cette perspective également qu’on ne peut non plus obliger l’Église hiérarchique à devenir, par exemple, la promotrice de la légalisation de l’avortement, mais que simplement elle n’empêche pas une société pluraliste de s’organiser en accord avec les nécessités de ses citoyennes et citoyens et que ceux-ci aient le droit de décider de leurs choix.Les communautés chrétiennes ainsi que les personnes sont plurielles. Dans un monde d’une telle diversité et complexité comme le nôtre nous ne pouvons pas admettre que seulement l’opinion d’un groupe d’évêques, hommes célibataires et avec une formation limitée au registre religieux, soit l’expression de la fidélité à la tradition du mouvement de Jésus. La communauté chrétienne est davantage que l’Église hiérarchique. Et la communauté chrétienne existe dans la réalité de multiples communautés chrétiennes, et celles-ci sont également constituées de nombreuses personnes, chacune ayant son histoire, ses choix et ses décisions propres devant la vie.Je suis impressionnée par l’anachronisme des postures philosophiques et éthiques épiscopales, en commençant par les évêques brésiliens et jusque dans les instances romaines comme on peut le lire dans l’entrevue donnée par le cardinal Giovanni Batista Re, président de la Congrégation pour les évêques, à la revue italienne Stampa, laquelle concorde avec la position des évêques brésiliens. Les temps ont changé. Il est urgent que la théologie des évêques sorte d’une conception hiérarchique et dualiste du christianisme et perçoive que c’est dans la vulnérabilité face aux douleurs humaines que nous pourrons être plus près des actions de justice et d’amour. Bien sûr nous pourrons toujours nous tromper même quand nous pensons avoir raison. C’est le lot de la fragile condition humaine. Je crois que nos entrailles ressentent en premier lieu les douleurs immédiates, les injustices contre les corps visibles et c’est face à celles-ci qu’il nous incombe d’intervenir tout d’abord. La consternation et la commotion provoquée par la souffrance de la fillette de neuf ans ont été grandes. Et cela parce que c’est à cette vie présente et actuelle, à cette vie de fillette devenue femme violée et violentée parmi nous que nous devons en premier lieu respect et assistance. Ainsi comme membre de la communauté chrétienne, je salue l’attitude du Dr. Rivaldo Mendes de Albuquerque et l’équipe de CISAM de Recife ainsi que la mère de la fillette et toutes les organisations et personnes qui lui sont venues en aide en ce moment de souffrance qui certainement laissera des marques indélébiles dans sa vie.Certains lecteurs diront que ma position n’est pas la position officielle de l’Église catholique romaine. Mais d’ailleurs, que signifie aujourd’hui la parole officielle ? Qu’est donc l’Église officielle ? L’institution qui se présente comme la représentante de son dieu et ose condamner la vie menacée d’une fillette ? L’institution qui se considère sans doute comme la meilleure observante de l’Évangile de Jésus ?Je n’identifie pas l’Église à l’Église hiérarchique. La hiérarchie n’est qu’une infime partie de l’Église. L’Église est la communauté de femmes et d’hommes disséminée de par le monde et attentive aux personnes tombées sur les routes de la vie, aux porteurs de souffrances concrètes, aux cris des peuples et des personnes en recherche de justice et de soulagement de leurs douleurs aujourd’hui. L’Église est l’humanité qui s’entraide à supporter ses douleurs, à soulager ses souffrances et à célébrer ses espérances. Continuer à excommunier, à inclure et à exclure, semble de plus en plus favoriser la croissance de relations autoritaires, irrespectueuses de la dignité humaine, surtout quand cela surgit d’institutions qui prétendent enseigner l’amour du prochain comme loi suprême. De qui Mgr José Cardoso et certains évêques se sont-ils faits les prochains dans ce cas-ci ? Des fœtus innocents, diront-ils, ceux précisément qui ont besoin d’être protégés contre l’« holocauste silencieux » commis par des femmes et leurs alliés. En réalité, ils se sont faits prochains du principe qu’ils défendent et se sont distanciés de la fillette agressée et violentée tant de fois. Ils ont condamné qui a recueilli cette fillette tombée sur la route de la vie et ont sauvegardé leurs lois et la volonté de leur dieu. Ils croient que l’interruption de grossesse de la fillette serait une atteinte à la seigneurie de Dieu. Mais les guerres, la violence sociale croissante, la destruction de l’environnement ne seraient-elles pas également des atteintes qui mériteraient davantage dénonciation et condamnation ?Pardonnez-moi si, sans vouloir juger les personnes, mais devant l’inconsistance de certains arguments et l’insensibilité aux problèmes vécus par la fillette de neuf ans, je suis prise aux entrailles d’une espèce de colère solidaire. En fait, un schisme historique est en train de se construire et de croître dans différents pays. La distance entre les fidèles et une certaine hiérarchie catholique est marquante. L’incident relatif à l’interruption de grossesse de la fillette de Pernambuco n’est qu’une action d’autoritarisme entre tant d’autres et de méconnaissance de la complexité de l’histoire actuelle que la hiérarchie a commis.Dans la mesure où ceux qui se croient responsables de l’Église prennent leurs distances de l’âme du peuple, de ses souffrances réelles, ils établiront un nouveau schisme qui accentuera encore plus l’abîme entre les institutions de la religion et les vies simples du quotidien avec leur complexité, leurs défis, douleurs et petites joies. Les conséquences d’un schisme sont imprévisibles. Il suffirait d’apprendre les leçons de l’histoire du passé. Je termine ce court texte en rappelant ce qui est écrit dans l’Évangile de Jésus de différentes manières. Nous sommes ici-bas pour vivre la miséricorde entre nous. Et tous, nous avons besoin de cette miséricorde, unique sentiment qui nous permet de ne pas ignorer la douleur des autres et nous aide à porter les lourds fardeaux des uns et des autres. traduction Claude Lacaille
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