| Caïn
et Abel, Ismaël et Isaac, Esaü et Jacob
lhistoire
du frère aîné et du cadet est lun des fils
rouges que lon voit resurgir comme signe mystérieux et
interrogateur dans la tapisserie vivante de la Bible. Jésus
était habité par ces textes--ferments. Le jour où
la parabole l'enfant prodigue mûrit sur ses lèvres, à
qui donc pen-sait-il ? Vers où faisait-il courir le fil rouge
?
Henri Denis répond:
le cadet, le prodigue, c'est Jésus ! C'est lui qui est parti
risquer sa vie parmi les délaissés et les pécheurs,
« médiateur enfoui dans la condition humaine ».
Il a connu le rejet, la mort ignominieuse, « I'érosion
du visage du Messie ». Lui qui était « parti »
pour que le Dieu de miséricorde soit reconnu, le voici nu,
épuisé, défiguré. C'est lui, le fils qui
revient, « brisé ». Paul dira qu'il s'est «
vidé, dépouillé en serviteur », et même
que « Dieu l'a fait péché pour nous », lui
qui « porte et enlève le péché du monde
»...
Avec Paul Baudiquey,
Henri Denis nous conduit devant « le Retour du fils prodigue
» de Rembrandt et déploie la signification de chaque
détail de ce tableau sublime. Il faut lire, relire et méditer
ces pages admirables qui décryptent cet évangile sur
toile : I'exégèse de l'uvre d'art, la contemplation
mystique, I'accueil du mystère de Dieu et de l'homme s'y rejoignent
en un sommet de divine tendresse...
On va préparer
le festin pour le retour du prodigue : Henri Denis nous montre dans
l'Eucharistie l'annonce et déjà l'anticipation de la
fête de l'humanité transfigurée par l'Amour...
Et le « frère aîné » ? C'est Israël.
Mais attention ! Il n'est pas condamné, il reste le frère
aîné, il est toujours aimé. Les développements
de l'auteur sur judaïsme et christianisme rayonnent de justesse,
de lucidité, de paix.
Regardons encore
la toile de Rembrandt : elle invite aussi l'Église à
se mettre à genoux, comme le prodigue du Père. Il ne
suffit pas de faire acte de repentance pour certains de ses «
fils » qui ont commis des fautes dans un passé lointain,
il faut reconnaître que « I'Église-institution,
à la fois sainte et pécheresse », doit se repentir
des abus de pouvoir, de « I'absence de cur », de
la rigidité doctrinale, de l'exploitation de la crédulité
qui sont parfois ses fautes d'aujourd'hui. Sinon comment serait -
-elle le témoin actif de la miséricorde de Dieu, de
la nouvelle création incessante de l'Amour '?
On l'aura compris:
la lecture symbolique de la parabole, la découverte de sa dynamique,
sa mise en communication avec tout l'Évangile et limmense
tradition biblique viennent illuminer de sens l'itinéraire
de Jésus, chacune de nos vies, la mission de l'Église,
le destin de l'humanité. Le fil rouge n'a pas fini de nous
entraîner dans l'exode pascal.
À signaler
enfin trois brèves « annexes », remarquables par
leur profondeur théologique et leur actualité:
A. Les diverses christologies du Nouveau Testament ;
B. Risque d'arianisme ou d'anti-arianisme ?;
C. Unité et dualité en Jésus ou Jésus
était-il divisé ?
Ce petit livre est un grand livre. Un théologien vigoureux
et rigoureux, homme de foi et de courage, gardien vigilant et persévérant
des avancées fragiles de Vatican II, nous livre, au soir d'une
existence féconde, sa vision de « I'essentiel ».
Ces pages fascinantes, à l'écriture cristalline, font
éclater la Nouvelle rafraîchissante: en les lisant, on
a le sentiment de tout découvrir pour la première fois.
Gérard Bessière.
JONAS se plait
à signaler que Henri DENIS, théologien au à Vatican
II est plus quun ami des groupes JONAS puisquil en est
un peu à lorigine. Amitié à toi Henri. |