Henri DENIS : "JESUS, le prodigue du Père"
Éditions Paulines/ Desclée de Brouwer 144 pages
JONAS ne pouvait pas ignorer ce livre de Henri DENIS qui est plus qu’un ami puisqu’il est pour beaucoup de l’existence, aujourd’hui des groupes JONAS, du Courrier JONAS et des suites depuis 1988. Des chapitres qui initient à une autre lecture d’une parabole bien connue.

Caïn et Abel, Ismaël et Isaac, Esaü et Jacob… l’histoire du frère aîné et du cadet est l’un des fils rouges que l’on voit resurgir comme signe mystérieux et interrogateur dans la tapisserie vivante de la Bible. Jésus était habité par ces textes--ferments. Le jour où la parabole l'enfant prodigue mûrit sur ses lèvres, à qui donc pen-sait-il ? Vers où faisait-il courir le fil rouge ?

Henri Denis répond: le cadet, le prodigue, c'est Jésus ! C'est lui qui est parti risquer sa vie parmi les délaissés et les pécheurs, « médiateur enfoui dans la condition humaine ». Il a connu le rejet, la mort ignominieuse, « I'érosion du visage du Messie ». Lui qui était « parti » pour que le Dieu de miséricorde soit reconnu, le voici nu, épuisé, défiguré. C'est lui, le fils qui revient, « brisé ». Paul dira qu'il s'est « vidé, dépouillé en serviteur », et même que « Dieu l'a fait péché pour nous », lui qui « porte et enlève le péché du monde »...

Avec Paul Baudiquey, Henri Denis nous conduit devant « le Retour du fils prodigue » de Rembrandt et déploie la signification de chaque détail de ce tableau sublime. Il faut lire, relire et méditer ces pages admirables qui décryptent cet évangile sur toile : I'exégèse de l'œuvre d'art, la contemplation mystique, I'accueil du mystère de Dieu et de l'homme s'y rejoignent en un sommet de divine tendresse...

On va préparer le festin pour le retour du prodigue : Henri Denis nous montre dans l'Eucharistie l'annonce et déjà l'anticipation de la fête de l'humanité transfigurée par l'Amour... Et le « frère aîné » ? C'est Israël. Mais attention ! Il n'est pas condamné, il reste le frère aîné, il est toujours aimé. Les développements de l'auteur sur judaïsme et christianisme rayonnent de justesse, de lucidité, de paix.

Regardons encore la toile de Rembrandt : elle invite aussi l'Église à se mettre à genoux, comme le prodigue du Père. Il ne suffit pas de faire acte de repentance pour certains de ses « fils » qui ont commis des fautes dans un passé lointain, il faut reconnaître que « I'Église-institution, à la fois sainte et pécheresse », doit se repentir des abus de pouvoir, de « I'absence de cœur », de la rigidité doctrinale, de l'exploitation de la crédulité qui sont parfois ses fautes d'aujourd'hui. Sinon comment serait - -elle le témoin actif de la miséricorde de Dieu, de la nouvelle création incessante de l'Amour '?

On l'aura compris: la lecture symbolique de la parabole, la découverte de sa dynamique, sa mise en communication avec tout l'Évangile et l’immense tradition biblique viennent illuminer de sens l'itinéraire de Jésus, chacune de nos vies, la mission de l'Église, le destin de l'humanité. Le fil rouge n'a pas fini de nous entraîner dans l'exode pascal.

À signaler enfin trois brèves « annexes », remarquables par leur profondeur théologique et leur actualité:
A. Les diverses christologies du Nouveau Testament ;
B. Risque d'arianisme ou d'anti-arianisme ?;
C. Unité et dualité en Jésus ou Jésus était-il divisé ?
Ce petit livre est un grand livre. Un théologien vigoureux et rigoureux, homme de foi et de courage, gardien vigilant et persévérant des avancées fragiles de Vatican II, nous livre, au soir d'une existence féconde, sa vision de « I'essentiel ». Ces pages fascinantes, à l'écriture cristalline, font éclater la Nouvelle rafraîchissante: en les lisant, on a le sentiment de tout découvrir pour la première fois.
Gérard Bessière.

JONAS se plait à signaler que Henri DENIS, théologien au à Vatican II est plus qu’un ami des groupes JONAS puisqu’il en est un peu à l’origine. Amitié à toi Henri.

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