Gérard BESSIÈRE : "L'enfant hérétique"
chez Albin Michel 190 pages 15¤

Son premier « dieu », Gérard Bessière le rencontra à l'âge de quatre ou cinq ans.. Au petit puis au grand séminaire, il demeurera encore longtemps persuadé que les prêtres sont des sortes d'initiés qui connaissent le terrible secret de l'inexistence de Dieu et ont précisément pour fonction de le cacher au bon peuple.

Mais il y a Jésus... Tout au long de son parcours intellectuel et militant qui lui fera épouser les engagements sociaux de l'Église d'après Vatican II, Gérard Bessière ne cessera de se sentir accompagné, soutenu, mais aussi bousculé parfois par cette présence vivante de Jésus. S'il se dit « hérétique », c'est uniquement au sens étymologique, car il a « choisi » dans la tradition chrétienne: choisi de relativiser les injonctions de l'institution, pour placer au-dessus de tout la figure énigmatique, subversive, radicalement libre et novatrice de Jésus. A la lumière des recherches historiques et théologiques les plus contemporaines, dans lesquelles excelle son érudition, il nous conduit de questionnement en questionnement, pour nous inviter au voyage vers nous-même.

Au soir de sa vie, retiré dans son village natal, ce prêtre est resté un homme en marche, un homme fidèle à l'enfant qui l'habite.
D’une façon un peu détaillée JONAS dit comment il a lu ce livre.

Comment JONAS se retrouve bien dans cette lecture...

Gérard n’en voudra certainement pas à JONAS de dire ce que celui-ci a perçu en dévorant, « l’Enfant hérétique » - l’Écriture ne parle-t-elle pas de manger un document ! - il est gardé sous le coude.

Merci, Gérard : tu exprimes mieux que le feraient bon nombre d’entre nous et JONAS lui-même, ce qu’ils pensent et surtout vivent ; en disant qu’il s’agit d’une « traversée avec Jésus » tu tranquillises les hérétiques que nous sommes tous, même sans doute cet évêque et ce cardinal qui t’écoutaient lors d’un exposé pour le Service « Incroyance et foi » avec des « visages impénétrables » (page 119) - et bien plus à chaque page avec ton « agnosticisme » même, comme tu le dis. ( page 156) « je l’avoue : j’éprouve le besoin d’un certain agnosticisme devant la personne de Jésus. »… « Ce n’est plus en lavant des pieds poudreux qu’on est aujourd’hui serviteur avec Jésus ; personne ne songe, pour célébrer l’eucharistie, à reprendre ses paroles en araméen lors de la Cène ; telle doctrine qui fait de Jésus une victime expiatoire pour apaiser la colère divine fait se cabrer les consciences… On pourrait multiplier les exemples. La fidélité invite à innover sans cesse en actes, en paroles, en pensée… » et : « Un certain agnosticisme d’attente et d’espérance élargit ma respiration intérieure. » (page 123) Fait gaffe, Gérard beaucoup vont se retrouver avec toi pour la « traversée » avec ce Jésus là !

Tu veux bien être hérétique, et depuis ton enfance, par contre tu te défends d’être schismatique. « Je lui répondit-à l’évêque en question-que l’Égliseétait ma famille, et qu’on demeure toujours de sa famille, même si l’on est en désaccord avec certains de ses membres. » (page120) C’est tout à fait clair chez Gérard comme ça l’est chez ceux et celles qui se retrouvent en JONAS, y compris la plus part de ces prêtres que l’Église elle même n’a plus reconnus. « Oui, pour ma part, écrit l’un d’eux, prêtre marié, je suis encore DEDANS, ce qui ne m’empêche pas d’être positivement critique après avoir tant souffert des règlements intérieurs de cette institution… » Tu vois, je te le disais, ils vont tous se retrouver avec toi et Jésus !

JONAS se demande toutefois s’il n’est pas regrettable de n’être pas catalogué comme schismatique ? Schismatiques, on parlerait de nous, des évêques et Rome nous répondraient, ouvriraient le dialogue, il n’y a rien de pire en effet qu’une attitude d’indifférence ! Ils doivent dire : « c’est pas bien grave et ça passera ! Par exemple tu cites : Durant l'automne 1999, un synode des évoques d'Europe a rassemblé des délégués des épiscopats des divers pays. « Le 7 octobre, le cardinal Martini a fait une intervention qui m'a paru libératrice. Hélas, elle est restée sans écho dans cette assemblée. Ce jésuite, homme d'une haute compétence, archevêque de Milan, a pris la parole, pour présenter trois « rêves ». Voici le troisième: « Répéter de temps en temps, au cours du siècle qui s'ouvre, une expérience de rencontre universelle entre les évêques qui permette de défaire certains des nœuds disciplinaires et doctrinaux qui réapparaissent périodiquement comme des points chauds sur le chemin des Églises européennes, et pas seulement européennes. »

Des « nœuds disciplinaires et doctrinaux » ? Il n'a pas dit seulement « disciplinaires », il a dit aussi « doctrinaux». Qui sait, peut -être ne suis -je pas aussi hérétique que je le pense ? Ou peut -être ne le suis - je qu'en rapport avec une orthodoxie d'aujourd'hui qui pourrait bien être réinterprétée demain, quand on considérera, en Europe et ailleurs, dans le passé et le présent, la différences des contextes culturels et qu'on acceptera une diversité des expressions du christianisme ? Serais - je un « hérétique provisoire » ? Mais pour combien de siècles ? »

On va m'accuser d'être bien prétentieux mais j'ai envie d'écrire une énormité : si Jésus revenait, ne serait-il pas un hérétique permanent ? ( page 160-161 )

De plus cette observation fait penser à JONAS ce qu’il a lu dans La Croix : « Le Cardinal Dannneels plaide pour la collégialité. L’archevêque de Bruxelles s’explique dans un entretien donné au mensuel italien « Trente Jours » sur une possible réforme de l’Église.« Au second millénaire, il y a eu un processus de centralisation, dans lequel l’Église a été influencée par le modèle des monarchies nationales en formation. On ne peut prévoir ce qui arrivera dans le troisième millénaire. Mais il pourrait être souhaitable de baisser un peu le ton dans le bon sens. De mettre l’accent sur les traits essentiels du ministère pétrinien. Ainsi pour les futurs Pages de se démettre. » ( Croix du 26 12 2003)

Bon, tu vois Gérard pour la traversée, si ça tangue un peu nous ne sommes pas en mauvaise compagnie même avec un Jésus hérétique qui reviendrait. A te lire et ils vont être nombreux réconfortés, c’est à se demander si quelques évêques ne vont pas se régaler en te lisant en douce, le Pape peut-être aussi avant sa disparition à moins que ce soit pendant !

Tranquillises toi, JONAS n’a pas l’intention de récupérer l »Enfant hérétique » pour défendre ses positions mais que veux-tu, aussi simplement que celui-ci se dévoile au long des cent quatre-vingt pages, JONAS découvre ce qui peut faire sa force et lui donner le courage de se maintenir dans ses orientations « souhaitant que la liberté de conscience et le droit au désaccord soient reconnus jusque dans le domaine des croyances. » (page 157)

La seconde consultation lancée va dans ce sens et JONAS sait bien aussi « quelle décantation s’imposeront pour que nos contemporains , et particulièrement les adultes de demain, perçoivent la nouveauté de la Belle Nouvelle »

Certains peuvent penser que c’est simple de vivre des années avec une spiritualité d’hérétique c’est bien de cela dont il s’agit à travers tout le livre. Cela invite JONAS à ne pas se faire d’illusions pour tenter de répondre à cette question : « qui dites-vous que je suis ? » en sachant que à son sujet « les immenses débats philosophiques et théologiques sur son identité feront parfois oublier sa provocation à changer de vie, à changer la vie » (page 141) Et pourtant sa culture théologique, philosophique, historique et exégétique est grande. Son érudition excelle en de nombreux domaines et sans en imposer, pages après pages il fait découvrir quel est son guide de traversée, le nom retenu le plus souvent pour désigner Jésus est celui d’« l’Eveilleur », de « Compagnon »… mais dit-il, imaginant ce qu’il écrirait sur la feuille blanche à lui remise pour rédiger une dernière fois quelques lignes, sur le point de mourir il écrirait : « JESUS… Depuis ma jeunesse, ces deux syllabes douces m’ont entraîné dans l’étude, dans la prière, dans la libre réflexion….Mon désir de le connaître davantage et mieux est toujours aussi vif. Et j’ai toujours le sentiment d’être au commencement. » Et souvenons-nous, ce commencement est la découverte d’un lucane mort, gros insecte aux ailes luisantes et dit-il :

« Je suis resté en extase devant cet être inconnu. Soudain, j'ai décidé que c'était « Dieu ». Faut -il dire: « J'ai décidé » ? Serait -il plus exact d'écrire: « J'ai cru reconnaître Dieu dans le beau lucane » ? Je ne sais pas, mais il me semble apercevoir dans les brumes légères de la mémoire enfantine que les deux formules sont vraies et qu'elles s'appellent l'une l'autre. ( page 14 )

Quelle poussée intérieure m'avait fait diviniser le lucane ? Ce n'était pas la « peur », dont Lucrèce dit qu'elle« fit les dieux ». Était -ce l'étrangeté fascinante du gros insecte avec ses mandibules impressionnantes ? Faut -il expliquer cet événement religieux par mon « ignorance » ? Sans doute, car j'étais devant l'Inconnu, auquel je ne pouvais même pas donner un nom. Mais cette explication ne suffit pas. Mon dieu mystérieux était beau. Peut -être l'émerveillement est -il lui aussi à l'origine des dieux... Comme si l'on ressentait un excès, un déborde-ment à l'intérieur de nous -mêmes, un élan qui vient de plus loin que nous et qui loin s'en va.

Ce fut le premier dieu qui me fût vraiment personnel. L'ai-je tout à fait renié ? Je n’oserais l'affirmer.

Tu sais, Gérard, dans ce commencement nous nous retrouvons bien, chacun de nous à son lucane mort quelque part ! Il sont nombreux ceux et celles qui aimeraient que leur lucane soit considéré et pris en compte alors que d’entrée de jeu on leur en impose un ! « Et on a dit qu’il était mort. C’est vrai,mais le naufrage des idées, ,des formules, le rend à lui-même. Et comme l’a dit le poète, »tout dieu mort met au monde un Dieu toujours futur ». Notre inconnaissance ne serait-elle pas le grand seuil ouvert au vertige… ? Mes voyages, mon voyage de vie vont vers l’ineffable Compagnon. » (page 13)

« L’Enfant hérétique » Une traversée avec Jésus
de Gérard BESSIERE, chez Albin Michel 190 pages 15¤
Gérard BESSIERE, 75 ans, a été l’un des prêtres les plus influents dans des milieu
assez divers, en particulier dans les Équipes Enseignantes comme Aumônier National, responsable de formation permanente diocésaine. Il a longtemps tenu chronique dans l’hebdomadaire La Vie.
Retiré dans sa maison de Luzech, qui devient chaque été un haut lieu de réflexion sur les mouvements sociaux du monde, ce prêtre est resté un homme en marche, fidèle à l’enfant qui l’habite

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