Sacerdoce et presbytérat : réponse aux questions d’un lecteur de « La Croix »

 
Introduction
C'est à partir d'une question soulevée par un membre du groupe à la suite d'un article du journal La Croix que JONAS traite de la question du sacerdoce des baptisés. Voir Lettreduricin Lettre JONAS 43 dans la rubrique
archives.
Le Christ est pour les chrétiens l'unique prêtre, c'est le point central de l'Épitre aux Hébreux dans le Nouveau Testament.
C'est seulement parce que Jésus nous a offert la possibilité de le suivre et de partager sa vie jusqu'à faire de nous des Fils de Dieu que les baptisés peuvent légitimement oser dire que leur vie de chrétien est associée au sacerdoce du Christ. qu'elle a une dimension pouvant légitimement être appelée "sacerdotale" C'est aussi pour cela que le rôle des ministres, envoyés du Christ, comporte une dimension sacerdotale
particulière.
La théologie sur laquelle s'appuie ce texte permet une possibilité en faveur du Peuple des baptisés se réappropriant les sacrements. Question soulevée depuis des années au niveau de la pastorale.

Dans un paragraphe soulignant que « certaines options de Vatican II ont été insuffisamment prises en compte ensuite », Michel Kubler écrit, dans un article paru à la dernière page de « la Croix » du 11 octobre 2002
« ... et de nouvelles générations de prêtres se veulent plus « sacerdotales » que « presbytérales », d’où des difficultés à mettre en oeuvre la coresponsabilité. »

Dans un message reçu sur la messagerie de Jonas, un lecteur a exprimé son incompréhension devant ce genre de subtilités et développe plusieurs observations importantes à propos desquelles nous voudrions faire part de nos propres réflexions.

Tout d’abord, que le lecteur de « la Croix » se rassure heureusement qu’il n’a pas compris ! Le texte cité, isolé de son contexte, est un regrettable raccourci journalistique qui ne fait qu’obscurcir le débat en opposant, par deux qualificatifs mal choisis, deux conceptions de l’Église dans lesquelles la place et le rôle des baptisés non ordonnés, et donc leur coresponsabilité, sont radicalement différents.

Reprenons point par point les observations de ce lecteur

Une coresponsabilité inexistante de toute façon ?

La dernière observation du lecteur qui rejoint la première est celle-ci : « Je ne vois pas en quoi se vouloir plus sacerdotal (celui qui fait le sacré) que presbytéral (presbus : celui qui va devant – le chef, l’ancien) a pour conséquence des difficultés à mettre en oeuvre la coresponsabilité. Cela signifie-t-il que dire « c’est moi qui fait le sacré » (et donc pas vous) permettrait d’en conclure ‘donc ne vous mêlez pas de tout ce qui touche à mon domaine » plus facilement qu’en partant de « c’est moi le chef ! » ? Je ne vois guère de différence.

N’en cherchez pas trop ! Pour notre part, nous y voyons surtout un point commun scandaleux : ces deux conceptions du prêtre sont aussi radicalement contraires à l’Évangile l’une que l’autre ! Le Nouveau Testament a aboli la distinction « sacré – profane » de l’ancien testament et des autres religions. Le Fils unique et ses frères – nous tous, les hommes vivants – sommes désormais le seul sacré, la « gloire de Dieu » comme le dit si bien St Irénée. Quant au pouvoir du chef, l’Évangile nous en propose un modèle inversé c’est le lavement des pieds inauguré par Jésus, le service. Les deux conceptions auxquelles le lecteur fait allusion sont donc inacceptables et ne laissent, en tout cas, aucune place à la coresponsabilité

Qu’est-ce donc que le sacerdotal ?

En théologie chrétienne, il faut toujours s’accrocher à quelques repères simples et inébranlables.

-1-
Le sacerdoce de l’Ancien Testament, c’est à dire le sacerdoce « lévitique » était fortement caractérisé par le Temple avec son « saint des Saints » ultra sacré dans lequel seul le Grand Prêtre pouvait entrer, par des sacrifices sanglants (humains d’abord, animaliers ensuite), et par une caste héréditaire de prêtres sacrificateurs, les lévites, qui imposaient, moyennant rémunération – la « dîme » - leur monopole du sacré et de la médiation entre les hommes et Dieu. Évidemment, bien des influences païennes s’étaient glissées dans ce système que les prophètes critiquaient souvent en dénonçant les sacrifices qui ne plaisaient pas à Dieu. Bref, c’était un sacerdoce inefficace, pour reprendre les termes de la « Lettre aux Hébreux ».

-2-
Jésus a contesté et abrogé ce sacerdoce lévitique en prônant le sacerdoce intégralement à son compte sur sa propre personne. Il a ainsi accompli à la perfection, l’unique médiation, par son rapport immédiat avec Dieu, et l’unique sacrifice par l’offrande de sa vie jusqu’à la mort ; son corps est le seul Temple.
Cette prétention humainement exorbitante ne pouvait être perçue que comme un blasphème par les juifs traditionnels de l’époque et c’est pourquoi il a été crucifié. « C’est de ce blasphème que l’Église est née ». (citation du père Joseph Moingt, sj. dans l’article « Services et lieux d’Église» de la revue « Études» d’octobre 1979, p. 393)
Le Christ est donc pour les chrétiens l’unique prêtre, ce point constitue l’enseignement central de la « Lettre aux Hébreux » du Nouveau Testament. Il faut toujours en revenir à cette vérité simple et essentielle, au delà de laquelle on risque de dériver.

-3-
C’est seulement parce que Jésus nous a offert la possibilité de le suivre et de partager sa vie jusqu’à faire de nous des fils de Dieu, que les baptisés peuvent légitimement oser dire que leur vie de chrétien est associée au sacerdoce du Christ, qu’elle a une dimension pouvant légitimement être appelée « sacerdotale ». C’est pour cela que notre baptême nous proclame « Rois, prêtres et prophètes ». C’est aussi pour cela que le rôle des ministres, envoyés du Christ, comporte une dimension sacerdotale particulière.

-4–
Il n’est donc pas question pour nous de récuser le « sacerdotal ». Mais il découle de ce qui précède deux conditions essentielles sur la manière de le concevoir et de le vivre.

- ni les baptisés, ni même les ministres ordonnés, ne « possèdent » leur propre sacerdoce. Stricto sensu, ils ne sont pas prêtres : ils sont simplement associés, d’une manière ou d’une autre, au sacerdoce du Christ, unique prêtre.
- le sacerdoce auquel ils sont associés n’est pas le sacerdoce lévitique de l’ancien testament. C’et le sacerdoce radicalement nouveau assumé par le Christ : un sacerdoce sans sacré autre que le Christ lui-même, sans pouvoir autre que celui de l’amour (le service symbolisé par le lavement des pieds), un sacerdoce qui doit porter la marque de la profanation par le Christ de l’ancien sacerdoce.

Alors, si la vie des ministres ordonnés a, comme celle des autres chrétiens, une dimension sacerdotale incontestable à condition d’être bien caractérisée comme on vient de le souligner, pourquoi ces critiques contre les prêtres qui se veulent plus « sacerdotaux » que « presbytéraux », pour reprendre l’expression impropre du journaliste ?

C’est parce que le retour à un sacerdoce de type lévitique s’est peu à peu imposé dans notre Église car celle-ci a été soumise au cours de son histoire à des pressions extraordinaires en ce sens. Pourquoi ?

- Cela a commencé très tôt, déjà sous l’empire romain, on jugeait mal une religion sans sacrifices (Marcel Gauchet dirait aujourd’hui « une religion de la sortie de la religion »). Les chrétiens ont été suspectés de ce fait d’athéisme. Pour rassurer, on a parlé de la messe comme le renouvellement du sacrifice du Christ, le ministre ordonné redevenant alors le sacrificateur.
- De tout temps, et encore aujourd’hui, le public demande du sacré. Il exige la participation d’un « vrai prêtre » pour des cérémonies sacrées (peu importe la religion et son message) pour les grandes étapes de la vie naissance, mariage, mort. C’est une marque d’appartenance sociale, non d’adhésion à une foi. L’Église a cru devoir répondre à la demande.
- Sous cette pression, les chrétiens chargés d’un ministère pastoral envoyés se sont distingués du reste des baptisés et se sont constitués en « ordre ». Le système de « clergé » est apparu. Or tout système développe spontanément les moyens de se protéger et de se renforcer. Les clercs n’ont cessé de souligner leur importance et d’accroître leurs pouvoirs exclusifs, au détriment du reste de fidèles. Et même parmi les clercs, le centre (le Vatican) a pris de plus en pus d’importance par rapports au reste. Au point que quand, par exemple, notre journal local d’hier (8.11.2002) écrit « l’Église refuse les prêtres homosexuels », le mot « Église» désigne clairement pour le journaliste, comme pour le commun de ses lecteurs, non pas la grande Église créée par Jésus-Christ, mais le minuscule groupe de chrétiens masculins célibataires qui règne au Vatican en quelque sorte, une « puissance étrangère » pour nous tous. Voilà les ravages du « sacerdotal » de type lévitique.

Où en sommes-nous aujourd’hui, quant à ce retour du sacerdotal lévitique ?

Au cours des temps modernes, le balancier de l’histoire a plusieurs fois fonctionné.
Devant les exagérations croissantes du système clérical, la Réforme protestante a contesté la notion de ministres sacrés, pour les protestants, les pasteurs sont des baptisés comme les autres, avec une fonction particulière quand ils l’exercent.

- Le Concile de Trente, qui loin de traiter les problèmes dans leur ensemble, s’est soucié avant tout de répliquer aux protestants, a pris le contre-pied de la Réforme, ce qui a conduit, par la suite, et jusqu’au milieu du 20ème siècle, à des interprétations qui ont fortement accentué le caractère lévitique du ministère ordonné.
- Le Concile de Vatican II, notamment dans « Lumen Gentium », a considérablement modifié l’horizon et rééquilibré la doctrine, mais sans parvenir à éviter certaines ambiguïtés et contradictions, et avec le souci trop manifeste de ne pas vouloir sembler désavouer le Concile de Trente.
- Depuis Vatican II, au nom même du Concile, ces contradictions et ces ambiguïtés sont exploitées par certains milieux pour revenir pus ou moins à une forme lévitique de sacerdotal. D’où les polémiques actuelles.
- Pour achever de brouiller les cartes, la langue française a eu la piètre idée de traduire « sacerdos » et « presbyterium » par le même mot « prêtre », ce qui encourage les amalgames et les incompréhensions.

Ainsi dans la traduction française de Lumen Gentium n° 28, on trouve : « Les prêtres ... sont à l’image du Christ Grand prêtre éternel ». Combien de lecteurs français devineront que les deux mots prêtres ne sont pas du tout les mêmes ?

Voilà comment on entretient une confusion. le mot « prêtre » est donc à manier avec précaution.

Différence entre les missions des ministres simples baptisés et celles de ministres ordonnés
C’est une autre question soulevée par le lecteur de « La Croix », malgré son très long cheminement chrétien, celui-ci ne se sent pas encore pleinement éclairé sur « les différences claires et nettes entre les missions des ministres simples baptisés et celles des ministres « ordonnés ».
Nous non plus ! Mais nous nous consolons en songeant que la pensée de l’Église est incertaine et a varié au cours de l’histoire. Si, le rapport « quelques uns / tous » - pour reprendre l’expression chère au Père Bernard Sesboué – a toujours existé depuis l’origine de l’Église entre les envoyés en mission pastorale et les autres chrétiens, il reste à savoir si oui ou non le ministère pastoral (enseigner, diriger, sanctifier en administrant les sacrements) peut être exercé sans ordination.

- OUI, pendant un demi-siècle ou plus, l’Église a vécu sans ordination. Le ministère ne résulte donc pas de l’ordination. Il fut premier, « immédiatement suscité par l’annonce pascale et l’effusion multiforme de l’Esprit » (citation du père Joseph Moingt, sj dans l’article « Services et Lieux d’Église» de la revue « Études» d’octobre 1979, p. 375). C’est le ministère qui fait le ministre. Point essentiel n’oublions jamais que ce qui a été possible dans le passé peut l’être aujourd’hui ou demain. Voilà de quoi relativiser bien des polémiques.
- NON, la théologie classique soutient que seule l’ordination confère le ministère pastoral, c’est l’ordination qui fait le ministre.
- OUI et NON : aujourd’hui, l’Église ne sait pas comment considérer les laïcs qui, au delà de leur vocation de baptisés, participent de plus en plus au ministère proprement pastoral, passant ainsi de facto, sans ordination, dans la catégorie des « quelques-uns ».(Cf Bernard Sesboué « N’ayez pas peur » - Desclée de Brouwer 1996 p. 133 et suivantes).

Avant de trancher cette question, l’Église devra sans doute s’interroger sur l’ordination elle-même, son sens et sa portée.

Sens et portée de l’ordination

Il est tout à fait compréhensible que très tôt, l’Église ait voulu solenniser par une célébration sacramentelle un changement de vie aussi important que le fait d’être chargé de mission pastorale au nom du Christ, sans que cette célébration précède obligatoirement l’entrée en ministère.
Malheureusement, la conception de cette ordination s’est radicalement modifiée vers le 13ème siècle. Pendant le 1er millénaire, l’ordination n’était pas personnelle, « absolue », ce n’était pas un caractère, un pouvoir donné définitivement à quelqu’un. Elle était liée à la responsabilité d’une communauté chrétienne concrète. Le concile de Chalcédoine (Canon 6, COD 90, frappe très sévèrement de nullité toute ordination de prêtre ou de diacre qui ne serait pas faite pour une église concrète. L’ordination était donc clairement liée à une mission au sein d’une communauté.
Or, l’interdiction du concile de Chalcédoine a été peu à peu transgressée à partir du 13ème siècle et le concile de Trente a mis l’accent au contraire sur le caractère personnel et indélébile donné par l’ordination et sur les pouvoirs sacramentels exclusifs qui y sont liés, c’est ce qu’on appelle l’ordination « absolue ». Au lieu d’appeler au service des communautés chrétiennes, l’accent est mis sur la possession exclusive, personnelle et définitive de pouvoirs sacrés. En caricaturant un peu, le ministre ordonné est devenu un grand sorcier capable de faire ce que les autres ne peuvent pas faire, et surtout effectuer la « transsubstantiation eucharistique » et remettre les péchés. On voit bien ici la marque de l’idéologie sacerdotale lévitique, sinon païenne.
Si Vatican II a sensiblement rééquilibré les perspectives en faisant passer le rôle sacramental des ministres ordonnés après la prédication et le gouvernement des communautés. Il n’a malheureusement pas touché à la doctrine de Trente en ce qui concerne le caractère personnel et absolu de l’ordination et les « pouvoirs sacrés » que celle-ci confère.

Quelles perspectives envisager pour l’ordination ?

Nous pensons qu’il est bon d’accompagner tout ministère pastoral, plénier ou non, d’une célébration sacramentelle spécifique (l’imposition des mains est un signe très significatif). Faut-il pour autant en faire un préalable absolu à l’exercice de ces fonctions ? Je ne le pense pas. Une réflexion théologique se développe actuellement dans l’Église sur la signification des sacrements dans le temps. Tous les sacrements comportent non seulement la célébration, mais aussi un « avant » et un « après ». Ainsi la cérémonie du baptême est-elle précédée parfois d’un long catéchuménat. Les catéchumènes sont-ils pour autant « hors de l’Église» ? De plus en plus, il apparaît que le mariage sanctifie aussi bien toute le long cheminement préalable que la suite de la vie conjugale. Il pourrait en être de même pour l’ordination qui pourrait avoir aussi un « avant » comme elle a un « après », le ministère étant temporellement dissocié de la cérémonie d’ordination.

Mais la « révolution culturelle », la plus importante a accomplir est de replacer l’ordination dans le cadre de la sacramentalité de la communauté chrétienne pour laquelle le ministre reçoit sa charge pastorale. C’est d’abord la communauté chrétienne tout entière qui témoigne, baptise, célèbre d’Eucharistie, accorde la réconciliation, même si, comme dans l’Église primitive, elle délègue son chef naturel, en communion avec le reste de l’Église, pour présider ces liturgies.

Que dire en définitive de l’opposition entre les ecclésiologies que le journaliste appelle « sacerdotales » et « presbytérales » ?

Ces discussions peuvent paraître inutilement intellectuelles et complexes, voire aussi ridicules que les discussions dogmatiques sur la trinité dans le film de Bunuel « la voie lactée ». C’est parce que, dans la technicité inévitable du débat, nous perdons vite de vue les enjeux et que les théologiens ne font pas toujours l’effort pour nous les rappeler.

Or, nous venons de voir que les enjeux sont considérables.

Cette idéologie dite « sacerdotale », mais qu’il serait plus exact d’appeler « lévitique » et la conception « absolue » de l’ordination transforment en effet le ministère pastoral, conçu à l’origine comme un service qui, comme tout service, se propose, mais ne s’impose jamais, en un pouvoir exclusif à la fois doctrinal, politique et sacramentel dont les baptisés non ordonnés sont exclus. De ce fait, le baptême est réduit à n’être que l’entrée dans la catégorie des chrétiens de second plan. L’organisation de l’Église qui en résulte constitue une incitation structurelle à la passivité des « laïcs », sinon à leur apostasie.

Voilà pourquoi il nous parait essentiel de lutter contre les dérives d’origine culturelle, et de revenir à l’essentiel du message chrétien, à savoir que nous sommes tous appelés à participer chacun à notre manière, à l’unique sacerdoce et à l’unique sacrifice du Christ par notre baptême. Tous les baptisés ont donc une vocation « sacerdotale » mais au sens du Nouveau Testament seulement. Alors, qu’on cesse d’honorer du qualificatif de « sacerdotal » une regrettable régression lévitique ou païenne !

Faut-il avoir lu et appris tout cela pour comprendre ?

Pour terminer nous voudrions ne pas répondre à l’angoisse méthodologique exprimée par le lecteur « faut-il avoir lu et appris tout cela pour comprendre et se sentir suffisamment conscient de l’essentiel ? » Nous préférons en retour lui poser une question, pensez-vous que les pécheurs de Galilée que vous semblez envier aient tout compris ? N’ont-ils pas eu aussi du fil à retordre après la Pentecôte, avec le heurt des traditions juives et païennes, avec St Paul qui s’affronta à eux ?

Le message chrétien est simple, mais Dieu reste un mystère infini, l’homme aussi, avec son histoire, ses cultures, ses ambiguïtés. Pour oser une comparaison nuptiale, on peut assez rapidement décider de donner sa foi à une femme pour la vie, mais la vie ne suffit jamais à vraiment connaître et comprendre celle qu’on aime. Notre condition d’hommes appelés est de chercher sans cesse Celui qui nous appelle. Depuis Abraham qui a refusé les illusions idolâtres, Dieu est objet de recherche et de débat. Le Christ et l’Église aussi.

Si, à un moment, il vous arrive de penser que le débat qui se déroule devant vous est incompréhensible ou sans intérêt, ne faites pas semblant de vous prendre automatiquement pour un imbécile, mais engagez plutôt un débat sur le débat, comme vous venez précisément de le faire à juste titre sur le site « Jonas » ou bien vous découvrirez que des enjeux importants vous ont échappé, ou bien vous ferez prendre conscience à vos interlocuteurs des limites dans lesquelles ils enferment leur horizon. Dans les deux cas, un progrès aura été fait dans l’approfondissement du mystère dont nous vivons.

JONAS novembre 2002 - Retour haut

PRIER POUR LES VOCATIONS

« La moisson est abondante, mais les ouvriers peu nombreux. Priez donc le maître de la moisson d’envoyer abondamment » Mt 9 / 37 – 38

A la manière de Actes au chapitre dixième : « …vers le soir, Pierre monta sur la terrasse pour y prier… puis tomba dans un profond sommeil. »
I1 vit arriver une foule d'hommes et de femmes, munis d'engins inconnus et impressionnants et qui se disaient en mesure de récolter dans d'excellentes conditions toute la moisson. Et une voix dit à Pierre: "Voilà des ouvriers pour la moisson, embauche-les". Mais Pierre ayant gardé un autre souvenir de sa jeunesse en pays d' archaïe, répondit: "Comment pourrais - je confier à ces gens la moisson, alors qu'ils n'ont ni faux ni faucilles, ni une paire de bœufs pour tirer la faucheuse habituelle ? Je les vois arriver avec de gros engins qu'on n'a jamais vus au pays, accompagnés de femmes et d'enfants. Non, je ne mangerai pas de ce pain". La voix reprit: "Ne fais pas la fine bouche, ceux que je t'envoie sont de bons ouvriers. Ils travaillent autrement qu'autrefois, mais pas moins efficacement. Ils sont dévoués et compétents. Ne te laisse pas paralyser par tes préventions, embauche-les". Cela se répéta trois fois.

Pierre se réveilla et se demanda ce que pouvait bien signifier un tel rêve et de quoi il pouvait être prémonitoire.

Et voilà que des hommes et des femmes affluaient, qui avaient l'air dynamiques malgré leur air étrange. Et l' Esprit lui dit: "Même s'ils ne correspondent pas au profil traditionnel, voilà ceux qui feront l'affaire, avec leurs moissonneuses-batteuses, programmées sur ordinateur bien adaptés à notre temps, embauche-les donc sans plus hésiter, hommes et femmes aussi bien, qu'ils soient célibataires ou mariés, avec ou sans enfants, c'est moi qui les ai appelés. Alors Pierre dit: "Dieu vient de me montrer qu'il ne faut désespérer de rien et qu'il ne faut pas croire inaptes des hommes et aussi bien des femmes, d'un autre profil que celui auquel on était habitués pour le service des services pastoraux. Car il ne faut faire acception de personne et Ie message concerne toutes les situations socio-culturelles, car il s'agit du Dieu des vivants".

Aussi, n’écoutant que son courage et éclairé par l’Esprit, il embaucha sur le champ. Et la récolte se fit dans les meilleures conditions.

Paul ABELA

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